Rapport de condition
BOUSQUET (Joë). IMPORTANTE CORRESPONDANCE INÉDITE ADRESSÉE À JEANNE ET
lot n°11 Livres anciens et Modernes
BOUSQUET (Joë). IMPORTANTE CORRESPONDANCE INÉDITE ADRESSÉE À JEANNE ET JAMES DUCELLIER. 74 LETTRES MANUSCRITES signées dont une accompagnée d’un carton d’invitation pour une conférence de Joë Bousquet, 2 cartes postales manuscrites signées [Botticelli – Les trois grâces [ ] Villalier (Aude)] et 4 lettres tapuscrites reproduisant le texte de lettres manuscrites, dont celle du 13 août 1950. Les 74 lettres et 2 cartes postales sont insérées sous chemises papier numérotées de 1 à 70. Elles s’étalent sur une période qui va au moins d’août 1926 à août 1950, compte tenu des rares dates qui apparaissent dans cette correspondance. Les lettres sont adressées au couple Ducellier, certaines à Jeanne seule, d’autres à James et 2 à la mère de James Ducellier (dont l’une datée « 1926 » accompagnée d’une carte autographe de Maurice Genevoix). Trois lettres sont malheureusement incomplètes : lettres n°9, 29 et 48. Le couple Ducellier a joué un rôle primordial dans la vie de Joë Bousquet. À la fois amis proches, confidents, mécènes, collectionneurs, ils ont également joué les intercesseurs entre la vie hors les murs de la rue de Verdun et la chambre où résidait Joë Bousquet. Cette proximité a permis à l’écrivain d’user dans sa correspondance avec Jeanne et James Ducellier d’une liberté de ton peu commune où se mêlent souvent avec malice, parfois avec gravité, les anecdotes comme les confessions les plus intimes : « Un homme n’est dans sa vie qu’autant qu’il est la lumière de l’idée qui y est enfermée, et cette brève illumination, des instants la lui ont donnée parfois , une conversation, un mot prophétique. Ce que je vous écris là, James le comprendrait mieux que vous, car il connait mieux ma vie – mais vous, vous me connaissez mieux moi-même – car vous avez ce don de deviner qui n’appartient qu’aux femmes, et peut-être qui n’appartient qu’à vous. » (Lettre à Jeanne, n°3). « [Julien] Benda, un petit rageur, un fox à qui on prendrait sa pantoufle. Aragon, très bien, lui, gris comme Max et une femme qu’il aime trop. […] Magritte, un lion de bazar, Gallimard, un moine maigre avec une grosse figure, […] ». (Lettre à James, n°7) « […] je m’avise de vous écrire une lettre […] pour vous faire les dernières recommandations en ce qui concerne vos visites à Ernst et Tanguy. Vous allez chez d’excellents amis. Ne craignez donc pas de les importuner. Dites-leur que vous êtes mes meilleurs amis et qu’il y a très longtemps que vous deviez aller les voir. Tanguy est excessivement timide. Mettez-le à son aise. Parlez-lui d’Alquié [Ferdinand] qui l’a vu très souvent au cours de cet été, des tableaux qu’il m’a envoyés et ceci très important : Il m’a envoyé le tableau blanc pour compenser le dommage survenu dans le vernis du grand et je sais par Alquié que cela l’a beaucoup préoccupé, qu’il a craint de m’avoir lésé etc… Il m’avait, non content de me donner ce beau tableau blanc, indiqué le moyen de remédier aux détériorations de l’autre, en le calant sous un verre, avec un opaque sous la toile. Dites-lui, s’il vous en parle, que je n’en ai encore rien fait, craignant la maladresse de mon encadreur, et que j’ai placé le tableau sous une incidence qui lui laisse à peu près tout son éclat. Dites-lui surtout que je l’aime beaucoup et qu’avec toute la joie que ses toiles m’ont procurée, je reste son débiteur jusqu’à la fin des fins. Vous verrez peu de toiles chez Tanguy. Il peint avec beaucoup de soin et très lentement, et je crois bien qu’on lui achète tout à mesure. Mais chez Max Ernst vous verrez un grand nombre de toiles. Faites en sorte qu’il vous en montre beaucoup, et casez bien dans votre mémoire les différents genres, regardez bien s’il y a dans sa peinture des moments dont je n’ai vraiment aucune expression dans ma collection. Il faudra à votre retour me raconter tout çà et me relater votre visite avec beaucoup de détails. Je compte beaucoup sur votre coup d’œil. Puisque vous serez assez bonne pour aller chez les marchands de tableaux, sachez, comme je vous l’ai demandé, me dire le prix des Salvador Dali. […] Si vous en avez l’occasion demandez aussi les prix de vente des Utrillo, des Joan Miro, des Paul Klee, des André Masson. Mais c’est moins important… » (Lettre à Jeanne, n°11, 7 pp.). « Le jour d’été voilé est étrange. Tout ce que j’écris me parle. Tout prend un virage pour me toucher. Il faut que les êtres laissent toujours entre eux la place de l’âme. Votre ami. Joe » (Lettre à Jeanne, n°17) « Si on nous avait dit un jour que possédant les plus belles peintures du monde, nous mettrons au-dessus la poignée de main et la confiance du peintre, nous aurions juré que l’on se trompait d’adresse. » (Lettre à James, n°25). « Carcassonne est silencieuse : les gens que je vois paraissent tristes et mécontents. Le passé avait de plus beaux visages. On dirait que tout ce monde a besoin de faire une guerre ou de recevoir des coups de trique. » (Lettre à Jeanne, 13 août 1950, n°35) « C’est que la guerre me sera aussi bien cruelle. Elle me tue une deuxième fois. Je ne sais plus déjà imaginer une belle paire de fesses. Ce serait la fin de notre génération : une nouvelle idée de l’amour… » (Lettre à James, n°36). « [que James] hâte le plus qu’il le pourra les dispositions qu’il a prises pour me procurer des pilules anti-opium. Elles m’étaient utiles, elles me deviennent indispensables. Mon père, de plus en plus alarmé par l’état de mes reins, veut que j’interrompe le plus vite possible mon traitement à l’opium. Mieux que personne, il sait qu’on ne peut rompre d’un seul coup une habitude pareille , mais il insiste pour que je fasse vite, et comme j’ai augmenté un peu les doses qu’il m’allouait, je ne peux plus suivre le rythme de désintoxication qu’il m’a prescrit. Je vais me trouver dans quelques jours sans opium avec un besoin terrible pour mes nerfs […] ». (Lettre à Jeanne, 2 avril 1938, n°38). « Cette humanité de Dubout [Albert Dubout (1905-1976), illustrateur humoristique] est comique : elle seule explique par son ânerie et sa laideur la ténèbre où nous marchons. Le 16e siècle a eu ses belles lettres typographiques, le XVIIe son théâtre de cour, le XVIIIe ses gravures qui le peignent si bien, le 19e a eu Hugo pour le décrire, Flaubert pour le trahir. Nous, nous avons Dubout… comme nous avons eu Chamberlain, Munich… ». (Lettre à Jeanne, n°47). « Albert Gleizes m’a donné la plus belle toile de son atelier. Imaginez, dans le cadre de l’esthétique cubiste, quelque chose d’aussi beau que la Ville entière [tableau de Max Ernst], d’aussi grand, d’aussi caractéristique. Voilà un type célèbre que je ne connais que par l’étendue de sa gloire et qui, froidement, me donne ce chef-d’œuvre, sous prétexte que j’ai écrit La tisane de Sarments ! Vraiment, il y a de quoi s’asseoir. » (Lettre à Jeanne, n°47). « Je me sens, dans tout mon corps, changé en une espèce de vieille toile de tente, comme on en ramassait dans la boue, à Verdun, il y a vingt ans. Encore aujourd’hui, suis-je un peu plus vaillant parce qu’il me semble avoir, quelques minutes, retrouvé le ton de mes écrits, le rythme de mon inspiration. Ce n’est donc peut-être pas tout à fait la fin de ce splendide mensonge qu’est l’activité poétique. » (Lettre à Jeanne, n°59). « A bientôt Jeanne, à bientôt James. Je pense que vous devez respirer : ici aussi on respire. Mais ce n’est pas pareil : l’océan sent comme une forêt de citronniers et de chênes verts, et les rues continentales sentent la sardine et le vieux merlan. La vie est comme ça, on n’y peut rien. » (Lettre à Jeanne et James Ducellier, 4 août 1949, n°62).
Estimation : 10 000 - 15 000 €